[Test] Atelier Lydie & Suelle, The Alchemists of The Mysterious Painting

Atelier Lydie & Suelle, The Alchemists of The Mysterious Painting Test PS Vita PS4

Test réalisé à partir des versions japonaises PS4 et PSVita, sur une partie complétée de 73h de jeu.
Quelqu’un chez Gust aurait-il mal interprété la langue de Molière ? Lors de sa présentation en août dernier, le petit dernier de Gust affichait le titre « Atelier Lidy & Soeur ». S’aperçevant probablement qu’ils avaient là un nom commun et pas un nom propre, le titre a été changé discrètement au cours des semaines suivantes. A présent bien nommées, les jumelles pourront-elles créer la surprise pour autant ?

Lydie et Suelle sont deux alchimistes débutantes travaillant dans un atelier peu fréquenté de la ville de Merveille. Pas vraiment aidées par Roger, leur père peintre et très dépensier, les jumelles enchaînent les fins de mois difficiles avant d’être transportées comme par magie dans un tableau accroché au mur du sous-sol. A l’intérieur de la peinture, les deux filles découvrent un monde féérique, mais surtout des ingrédients d’une qualité sans pareille dans le monde réel. Elles sont alors convaincues qu’elles vont pouvoir tenir la promesse faite à leur mère défunte : devenir le meilleur atelier d’alchimie du pays.

Avec un tel pitch de départ, Atelier Lydie & Suelle affiche clairement son ambition de renouer avec le principe d’une aventure scénarisée, un peu tombé en désuétude depuis le début de la trilogie Mysterious. Le problème est que la narration n’est pas très bien construite, faute à de nombreux éléments de scénario trop soudains ou un peu superficiels. Tout ce qui a trait à la famille de Lidy & Suelle est certes assez bien conté, mais cela n’égale pas Atelier Totori dont le déroulement était nettement plus marquant. Gust aurait sûrement pu être plus adroit dans la manière avec laquelle il gère le thème de la mère disparue, car il manque ici un certaine tension dramatique propre à enchanter le joueur. Tout arrive trop vite, trop simplement, quand Atelier Totori était une quête assez dure menant à un final déchirant.

Mais manquer d’émotions ne veut pas dire manquer d’humour, car Atelier Lydie & Suelle en a à revendre. Entre les requetes idiotes de Roger qui tournent toujours à la farce, le Don Juan Mathias surnommé « roi chômeur » par les jumelles, les éternelles sautes d’humeur d’Illmeria ou les coups bas de la rivale Lucia, on est plutôt bien servi côté rire dans cet épisode. Mais la palme revient sans nul doute au capitaine Bakken, mort-vivant qui passera son temps de mettre le groupe dans l’embarras avec ses incessants souvenirs de piraterie.

Question déroulement, Atelier Lydie & Suelle revient au système de Atelier Shallie, c’est-à-dire une progression par chapitres sans limite de temps. Les puristes seront sans doute déçus que Gust n’ait pas gardé le compromis du précédent en la matière. Pour passer au chapitre suivant, il faudra faire progresser l’atelier d’un rang. Mireille, la représentante de la famille royale, vous donnera certaines tâches en rapport avec l’alchimie, qu’il faudra compléter pour passer à la lettre supérieure : de G à A puis S dans l’ultime défi.

Mais pour prétendre passer l’épreuve, il sera nécessaire de faire monter le niveau de notoriété de l’atelier en effectuant des tâches du quotidien. Celles-ci sont récapitulées dans le carnet de notes de Suelle où figurent des actions telles qu’abattre certains monstres, aller voir certaines personnes, synthétiser des objets alchimiques de difficulté diverse, trouver tel ingrédient, etc. Encore une fois, trait pour le trait le système en vigueur dans Atelier Shallie. Quand aux recettes, il faut une nouvelle fois les trouver soi-même en allant faisant des actions dans les différents mondes ou en réalisant des objets bien précis, ceci étant emprunté cette fois à Atelier Sophie. Loin de se forger sa propore identité comme le faisait le précédent, cet Atelier Lydie & Suelle apparaît comme une sorte de mélange improvisé de tous les précédents.

La grosse nouveauté de cet épisode tient au fait que certains niveaux se passent dans des tableaux. Lydie & Suelle auront périodiquement à rénover des toiles par l’alchimie puis à s’engouffrer dedans. Cela donne des environnements thématiques plutôt réussis esthétiquement et musicalement, particulièrement Sawameki no Mori qui retranscrit bien l’ambiance d’Halloween ou Kuro no Chiheisen et ses teintes sombres qui symbolisent bien le néant dans cet ultime niveau. Le souci est que tous ces mondes sont ridiculement petits et plutôt vides. Rien à voir avec le monde ouvert bluffant d’Atelier Firis. Atelier Lydie & Suelle, sous couvert d’originalité, fait donc en réalité un grand bond en arrière en revenant à la structure géographique, insipide, d’Atelier Sophie. On sent que Gust n’avait soit pas le temps, soit pas pas d’idées nouvelles pour proposer une expérience plus engageante.

Mais l’expérience de jeu n’est pas complètement déteriorée, en particulier grâce à une alchimie en constante innovation depuis plusieurs années. A chaque fois le système est probant et c’est encore le cas ici. Le système de catalyseurs d’Atelier Firis a été généralisé : chaque ingrédient catalyseur (trouvés lors de l’exploration) est en fait un damier qui va servir de base à la synthèse alchimique. Les ingrédients eux sont toujours représentés par des formes géométriques de couleur, le but étant de placer suffisement de bonnes couleurs pour maximiser les propriétés de l’objet.

Là où ça devient très intéressant, c’est que les catalyseurs sont très différents les uns des autres. En général, plus le catalyseur est rare, plus le damier est grand et plus les cases « bonus » sont nombreuses. Celles-ci permettent par exemple d’améliorer la qualité de l’objet, d’en fabriquer plus ou encore d’y implémenter plus de capacités externes pour booster ses stats, l’effet des soins, le nombre d’utilisations, etc. A plus haut niveau, il est même possible de créer ses propres catalyseurs quasi-parfaits, idéaux pour produire rapidement des équipements surpuissants. Le renforcement des armes est rendue bien plus commode par l’apparition de deux modules d’amélioration, ce qui de fait divise les efforts nécessaires par deux et donc fait gagner beaucoup de temps. De plus, les synergies entre les différents types d’ingrédients sont très nombreuses et c’est un véritable plaisir de perfectionner son équipement petit à petit.

Tout cela est à maîtriser car la fin du jeu corsée exige d’être au top. Le rang S n’est pas facile à atteindre et demande quantités d’ingrédients et de recettes de haut niveau. Le boss de fin anormalement puissant exige non seulement les meilleures protections possibles, mais aussi des objets d’attaque et de soin performants ainsi qu’une parfaite connaissance des mécaniques de combat. Un mode facile est néanmoins disponible en cas de difficultés, ainsi qu’un mode difficile pour ceux qui veulent en baver. Toujours est-il que le jeu pousse le joueur à se dépasser et c’est très valorisant.

Les combats se rapprochent de ceux d’Atelier Escha&Logy, ce qui n’est franchement pas une mauvaise idée. On retrouve donc la formation en deux lignes de trois personnages, ceux de l’arrière pouvant soutenir les camarades au combat par tout un eventail de capacités plus utiles les unes que les autres. Sans surprise, le binôme Lydie & Suelle est extrêmement puissant : Lydie peut par exemple soigner constamment Suelle pour qu’elle tienne le plus longtemps possible, et même la réanimer lorsqu’elle tombe KO. Inversement, Suelle videra son chargeur pour assister sa sœur dans tout un tas de situations. Il faut aussi ici mentionner Firis qui peut tirer des flèches d’une puissance démentielle, à tel point que ses assists sont limités à une seule fois par combat. Il existe d’ailleurs une astuce pour qu’elle fasse les quatre en un tour, la rendant ainsi la championne incontestée des dégâts ! Les capacités standard ont des effets graphiques assez impressionnants, tout en restant stratégiquement variées et bien documentées.

Les jumelles pourront maintenant utiliser l’alchimie en plein combat pour fabriquer des bombes plus performantes. On est néanmoins un peu déçu de la faible ampleur de cette innovation : seules les deux sœurs peuvent en faire usage (alors qu’il y a trois autres alchimistes dans le groupes) et encore, dans des cas extrêmement limités. Dans un autre registre, les combination arts vont permettre à deux personnages de sortir leur atout ultime après le remplissage (très long) de la jauge consacrée : Firis et Suelle peuvent par exemple carrément monter les stats de tous les personnages de cinq niveaux!

Atelier Lydie & Suelle est globalement une bonne surprise sur la portable de Sony. Gust a drastiquement diminué le niveau de détail des décors, ce qui prévient toute chute de framerate. Les décors n’étant pas vraiment une grande force de la série, un peut se dire que c’est un moindre mal surtout que l’aspect des personnages, lui, a énormément progressé. Certes, tout cela ne vaut pas les 60 images/secondes de la version PS4, mais ça reste plutôt bon pour la console. Dans le Famitsu daté du 22 novembre 2017, le producteur M. Hosoi avait expliqué avoir nommé un superviseur autonome par version pour garantir le meilleur résultat possible sur chaque console. Stratégie payante, Atelier Lydie & Suelle est techniquement parlant le meilleur Atelier sur PSVita depuis près de quatre ans. Pour le coup, on ne comprend vraiment pas les raisons qui poussent KoeiTecmo Europe à nous refuser cette version.

Malgré un monde nettement moins étendu que le précédent, Atelier Lydie & Suelle reste un RPG très long par le nombre considérable de défis et d’évènements secondaires. Il laisse toutefois une claire impression d’inachevé par son univers assez mal mis en valeur, son bestiaire très médiocre (l’aventure renvoie toujours le même boss, par exemple) et surtout le faible nombre de personnages jouables. Vous n’avez que la même équipe de six pour tout le jeu, quand Atelier Sophie en avait neuf et Atelier Firis dix. Ne parlons même pas de Atelier Shallie+ qui en avait le double. Du coup, la richesse de gameplay en combat est pénalisée même si ceux-ci sont, comme on l’a vu, excellents. Il n’y a par ailleurs aucun costume alternatif quand dans le même temps le précédent en avait une bonne demi-douzaine.

Mais là où ça coince vraiment est que Gust annonce deux personnages supplémentaires en DLC à 1000¥ pièce pour mars au Japon. Atelier Lydie & Suelle étant sorti fin décembre 2017 au Japon, on se demande bien pourquoi on a la totalité des personnages en mars… Là il faut se rappeler que dans la trilogie précédente, les persos DLC (Wilbell et Escha respectivement) coûtaient 500¥ et étaient dispos dans le mois de la sortie. Ilmeria et Lucia se feront donc désirer pendant un moment. Lucia qui d’ailleurs accompagne les jumelles dans tous les donjons, donc il n’y a aucune raison pour qu’elle ne soit pas dans le jeu de base. Quand la logique commerciale détruit la logique de jeu… Et ce n’est là qu’une fraction du season pass exorbitant de 8800¥ que Gust a mis en place. Le développeur va même proposer d’intégrer une carte d’Atelier Firis (donc une infime partie de ce dernier) pour 1000¥ également. On croit rêver…

Bien qu’assez prenant dans l’ensemble, Atelier Lydie & Suelle a la malchance d’arriver juste après un épisode aussi riche que révolutionnaire. Le manque de contenu sur bien des points de ce dernier épisode s’en ressent d’autant plus, et le retour en demi-teinte d’une aventure romancée n’y changera rien. L’avalanche de DLC tardifs confirme de manière cinglante le manque d’efforts ou de considération pour cet ultime jeu de la trilogie. On a certes toujours un système de jeu solide, de chouettes combats, de belles musiques… Mais pour le jeu anniversaire des 20 ans de la série, on attendait ça plus festif.

Ryuzaki57

Adorateur des JRPGs devant l'éternel et de jeux vidéo japonais en général, on me trouve aussi parfois dans des FPS, fusil sniper à la main. Écrire est une passion première pour moi : les arcanes du langage me fascinent, surtout en japonais, langue que j'ai commencé a apprendre en 2003. Je veux participer à un monde où tous les jeux, du plus grand au plus petit, puissent être respectés et reconnus à leur juste valeur. NOTE : J'interviens aussi de temps à autre sur jeuxvideo.com. Donc si vous voyez un test identique, PAS DE PANIQUE!

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3 commentaires sur “[Test] Atelier Lydie & Suelle, The Alchemists of The Mysterious Painting

  1. Je suis déçu aussi de voir que le jeu ne sortira pas chez nous sur vita. Enfin, je me suis habitué a les prendre pour la collection pour avoir toutes les versions boites en plus des versions de dématérialisée chez nous.
    Le test me fait un peu peur pour le saison pass j’avais encore jamais vu ça chez Gust^^. Idem pour les mondes dans les peintures je m’attendais plus a ce qu’ils soient plus grand.
    J’aimerai aussi savoir quand je vois la derniere trilogie je trouve que la licence commence a bien s’essouffler. c’est vraiment le cas ou bien est ce juste moi qui recheche simplement du plus proche de ce qui se faisait avant? (Cela dit je prendrais malgre tout le jeux pour le faire^^)

  2. J’ai l’impression qu’on ne fera pas mieux que Shallie. L’aparté sur les Season Pass me fait incroyablement peur, quelle déchéance. Le record exécuté sur DOA5 a donné des idées à Koei-Tecmo, j’ai l’impression.

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