[Test] Iwai Hime Matsuri

Iwai Hime Matsuri PS Vita (test & review)

Test réalisé à partir d’une version japonaise, sur une partie complétée d’environ 30 à 40h de jeu.
CERO Z. L’utime palier de classification des jeux vidéo sur l’archipel. Habituellement réservé aux jeux contenant une violence “réaliste” type Call of Duty ou autres, il est rarement attribué aux productions nationales. Plus dur que le PEGI18 français, il est impossible d’acheter un tel jeu sans prouver sa majorité. Pas moyen par exemple de se procurer Iwai Hime Matsuri sur le Playstation Store japonais avec une carte prépayée, il faut une carte de crédit japonaise ! La question ne se fait donc que plus pressante : mais qu’est-ce qu’il y a là-dedans ?

Dès les premières minutes, le jeu de Nippon Ichi Software met tout de suite les pendules à l’heure : il commence par l’évocation d’un suicide. Le titre montre d’entrée une écriture hypnotique capable de plonger le joueur dans le scénario au point d’en ressentir la douleur psychologique des personnages. Probablement pas remis de cette entrée en matière, celui-ci fait connaissance avec le viril protagoniste Suzumu et ses camarades de classe, dont l’étrange Toe, fille taciturne ayant toujours une poupée japonaise avec elle. On raconte que la poupée, et Toe à travers elle, est maudite. Mais qu’en est-il vraiment ?

Iwai Hime Matsuri est un visual novel pur et dur : on ne fait que lire, il n’y a aucun choix ou interactivité quelconque. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les trophées (tous en or, merci pour le pactole !) ont tous la mention « chapitre lu ». Evaluer ce titre nous situe donc plus entre la critique littéraire et cinématographique, mais il réunit certaines qualités de ces deux médias.

Iwai Hime Matsuri PS Vita test

Iwai Hime Matsuri est un jeu qui nous balade constamment entre rêve et réalité. L’action se déroule la plupart du temps dans les songes des cinq filles que rencontre Suzumu. A tel point que durant la première moitié du jeu, il est parfois quasiment impossible de distinguer le surpernaturel du réel. C’est là que c’est très intéressant, car l’ambiance du jeu est extrêmement sombre et le suspense bien manié. L’excellente bande originale, riche de thèmes lourds et mystérieux, est idéale pour rentrer dans l’histoire et tenter de discerner le vrai du faux dans la destinée tragique des six personnages. Il y a à la fois un cheminement logique remarquable dans l’histoire des personnages (on partage vraiment ce qu’il ressentent), et cette dualité entre réel et irréel qui nous fait errer dans le scénario comme dans un labyrinthe, avec d’innombrables impasses fictives et cette sortie, heureuse ou malheureuse, vers la réalité.

L’histoire écrite par Ryukishi07 met une grande emphase sur le cycle mort/résurrection, avec du coup un grand nombre de retournements assez poignants et des conclusions de chapitres parfois tristes, voire terrifiantes. Le thème du sacré est également bien employé, avec une excellente métaphore de l’avidité, de l’égoïsme humain et du châtiment qui lui en coûte. Malgré ses défauts, il n’est pas peu dire que Iwai Hime Matsuri m’a marqué. Je dis ça parce qu’à de trop nombreuses occasions, la narration est beaucoup trop longue et descriptive, donnant envie de marteler le bouton rond pour enfin revenir au cœur du sujet. C’est particulièrement vrai lorsque l’histoire fait une pause pour revenir sur les origines de la malédiction que combat Suzumu : ce chapitre était beaucoup trop long et prévisible de surcroît, ce qui a sensiblement cassé le rythme de la narration.

Iwai Hime Matsuri test PS Vita

Le dernier aspect à développer (pour répondre à l’introduction, quand même…) est que Iwai Hime Matsuri est atroce, dans ce qu’il montre ou ce qu’il raconte. Pour vous donner une idée, le 2e chapitre montre une scène de viol à peine voilée (on rappelle que ce titre provient à l’origine de DMM.com). Ce sera pas la seule de ce type, car l’histoire est remplie de scènes très dures : bizutage hideux, agonie, mutilation etc. Les passages donnant la nausée sont nombreux. Il y a aussi ce personnage difforme assez récurrent, pas précisément identifié pour entretenir encore la tension dramatique, qui rappelle beaucoup la nouvelle La Métamorphose de Kafka pour le même résultat absolument glaçant.

Je ne parle même pas de la violence psychologique du dernier chapitre… Celui-ci, écrit spécialement pour cette version console, retrace l’histoire de la prof Hinagata, qui a clairement les symptômes les plus abominables de la malédiction. Le degré de cruauté de ce qui est montré est proche du hentaï et dépasse de très loin ce qu’on peut imaginer dans un jeu console. Pour les utilisateurs très avertis et… consentants.

 

Avec Iwai Hime Matsuri, le génial auteur Ryukishi07 nous fait voguer entre rêve et réalité dans un jeu narratif de haute volée malgré son rythme inégal. Pas facile d’évaluer ce qui n’est au final que du texte et des images, mais le jeu de Nippon Ichi Software combine tellement bien suspense, images choc et scènes marquantes qu’on peut dire sans trop se tromper que ce visual novel se démarque favorablement pour les amateurs d’histoires sombres et terrifiantes.

Ryuzaki57

Adorateur des JRPGs devant l'éternel et de jeux vidéo japonais en général, on me trouve aussi parfois dans des FPS, fusil sniper à la main. Écrire est une passion première pour moi : les arcanes du langage me fascinent, surtout en japonais, langue que j'ai commencé a apprendre en 2003. Je veux participer à un monde où tous les jeux, du plus grand au plus petit, puissent être respectés et reconnus à leur juste valeur. NOTE : J'interviens aussi de temps à autre sur jeuxvideo.com. Donc si vous voyez un test identique, PAS DE PANIQUE!

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2 commentaires sur “[Test] Iwai Hime Matsuri

  1. Les japonais me surprendront toujours dans leur exploration du story-telling macabre ! J’avais déjà pris une bonne claque avec Chaos Child (qui partage d’ailleurs cette idée de difficulté à distinguer fiction et réalité au sein de l’histoire), mais ce Iwai Hime Matsuri à l’air de pousser le bouchon encore plus loin. Question plus personnelle : tu y a pris du plaisir à découvrir les horreurs décrites, ou tu as pensé que c’était “trop” ?

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